Anirban Bose est un romancier dont le succès est immense en Inde et pourtant il n’était pas encore traduit en français. Les éditions du Mercure de France viennent de réparer cet oubli qui n’aurait pas tardé à devenir une faute s’il avait duré. « La mort de Mitali Dotto » est un roman âpre et terrible tissé dans la trame de la tragédie humaine. L’écrivain part d’une réalité qu’il connaît bien, celle du monde médical qu’il décrit avec un réalisme méticuleux.
Le docteur Neel Dev-Roy a passé près de quinze ans à New York et il revient exercer en Inde dans un hôpital de New Delhi. Le changement de culture est plutôt rude. Dev-Roy découvre un système hospitalier dévoré par une administration incompétente et d’une lourdeur insupportable. Il doit aussi composer avec la corruption d’une bonne partie du personnel, ce à quoi il n’était guère habitué durant sa carrière « américaine ». Malgré toutes ces circonstances contraires le docteur Neel Dev-Roy va livrer un combat contre la mort et la superposition des malheurs en tentant de sauver Mitali Dotto une jeune femme plongée dans le coma après avoir été poignardée. Le médecin découvre qu’elle est enceinte de trois mois. Mitali en plus du coup de poignard qu’elle a reçu n’est pas née sous une bonne étoile car elle est sans ressource et n’a aucune famille. Pourtant De-Roy va livrer un combat solitaire pour sauver l’enfant et la mère.
Il y a quelque chose de profondément camusien dans ce roman qui bouleverse les codes d’une Inde figée dans des archaïsmes séculaires. Le combat du médecin face à un système rétrograde et profondément injuste va l’amener à prendre des décisions de vie qu’il n’aurait sans doute pas imaginé en arrivant en Inde.
“La mort de Mitali Dotto” est une oeuvre forte et sans concession qui met en scène la conscience d’un homme seul face à la machine aveugle et sans états d’âmes du système hospitalier indien. Un livre d’espoir qui prend à bras le corps le tragique de l’existence qu’Anirban Bose ausculte avec une acuité qui ne néglige aucun détail.
Archibald PLOOM (www. culture-chronique.com)


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