Etre le frère aîné d’un certain Napoléon Bonaparte peut constituer un héritage familial compliqué. Pourtant Joseph Bonaparte sut tirer son épingle du jeu alors même que les vagues de l’histoire entraînaient son frère loin devant lui. La somme biographique que nous propose Thierry Lentz – plus de 700 pages – permet de découvrir ce personnage généralement méconnu de l’histoire de France qui occupa les postes les plus prestigieux pendant la Révolution et sous les gouvernements successifs de Napoléon. Difficile de ne pas remarquer Joseph Bonaparte dans l’organigramme Napoléonien : président du district d’Ajaccio, commissaire des guerres, ambassadeur, député, conseiller d’Etat, sénateur, grand électeur de l’empire, roi de Naples, roi d’Espagne, lieutenant général de l’Empereur, président du Conseil des ministres durant les Cent-jours.
En vérité comme le souligne l’historien Joseph Bonaparte eut plusieurs vies et pourtant sa biographie n’avait pas été revisitée depuis plusieurs décennies. Il fut pourtant l’une des chevilles ouvrières du système napoléonien. Pour le biographe Joseph ne fut pas que le faire-valoir de son frère. S’il s’engagea dans l’aventure napoléonienne et en récolta les fruits, ce fut en acteur lucide, doublé d’un homme de culture, de conviction et de réflexion, sorte de révolutionnaire libéral entraîné dans le tourbillon d’un pouvoir qu’il ne voyait qu’avec regrets prendre un tour autoritaire. On pourrait estimer qu’il fut une sorte d’”intellectuel” plongeant dans la politique, très apprécié par des libéraux qui le voyaient comme un possible remplaçant de son frère. Joseph survécut près de trente ans à l’Empire. On ignore généralement qu’il s’exila aux Etats-Unis et qu’il y vécut sans doute les meilleures années de sa vie avant de revenir en Europe.
Thierry Lentz nous propose une biographie serrée d’une vie qui sort de l’ordinaire. De Corte, où il est né, à Florence, où il est mort, il propose de suivre Joseph Bonaparte dans une progression chronologique. L’historien a observé un parti-pris qui lui a permis de saisir le rôle, l’action et la position de Joseph, il lui fallait oublier Napoléon. Ce parti-pris historique judicieux permet de réévaluer et de contrebalancer les idées reçues à propos d’un homme qui n’a, finalement, jamais démérité. Une biographie historique de très belle facture.
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