On peut croire un traumatisme définitivement enfoui dans les strates les plus profondes du passé, comme un vieil objet qu’on aurait abandonné au fond d’une cave. Le passé ne s’abandonne pas, il vous retrouve toujours, accompagné de ses deux acolytes : le silence et le mensonge. “Descendre la rivière” de l’écrivain irlandais Peter Cunningham aborde cette thématique avec une grande sensibilité.
Alex et son épouse Kay vivent à Bayport près de Toronto au Canada. L’endroit situé sur les rive du lac Muskoka est tout à fait charmant. Alex Smyth est écrivain et il s’apprête à publier son second roman. Pendant trente ans il a enseigné l’anglais dans un établissement de Toronto avant de démissionner pour se consacré à l’écriture. De son côté Kay est psychothérapeute dans un hôpital des environs mais la crise économique met le couple en difficulté et un évènement surprenant va bousculer leur existence : Alex reçoit de son éditeur une enveloppe contenant curieusement une mouche qu’on utilise pour pêcher.
Ce petit accessoire de pêche va replonger Alex Smyth dans un passé douloureux lié à son enfance irlandaise qui réveille des fantômes qu’il croyait disparus : un père autoritaire et écrasant, des prêtres aux comportements troubles et une amitié trahie. L’écrivain mêle dans son récit le présent du couple et le passé de l’enfant que fut Alex Smyth tandis qu’une menace se rapproche du couple à travers la présence d’un ancien policier fraichement arrivé à Bayport.
Cunningham joue avec beaucoup d’habileté narrative avec les tensions qu’il fait surgir du passé et qui vont éclabousser le présent, le tout ponctué par des scènes de pêche à la truite très réaliste dont le lecteur découvre la subtile technique. Cette plongée dans les profondeurs de son passé vont permettre à Alex Smyth de reconstituer certaines circonstances de sa vie. Cunningham, dans une magistrale mi se en abyme, nous entraine dans ce qui va ressembler de plus en plus à une quête existentielle avec, à son terme, une conclusion toute littéraire. Une belle aventure humaine.
Archibald PLOOM
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